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Victime d’une diminution de 65 % de son effectif en vingt ans, la huppe s’est néanmoins signalée dans plusieurs endroits du département au moment de sa migration automnale fortement perturbée par les conditions météorologiques.

La rencontrer fortuitement près de sa demeure, assortie de sa livrée aux couleurs de l’entour, est un unique privilège de félicité.

Posée sur la pelouse, la furtive présence circonspecte livre un moment éphémère de vie sauvage, à lui seul inusité.

Comment ne pas résister au charme de l’élégante huppée, à la lisière du raffinement de mode des Années folles du siècle dernier, désignée par le dictionnaire « d’un rang social élevé, fortuné » ?

Sidéré par l’apparition de ce joyaux au doux regard qui étincelle les yeux, le cercle de famille se resserre alors davantage, l’acclame à grands éclats.

Rendons hommage un instant à ce gracieux passereau aux sexes identiques, en régression, conséquences de la destruction du bocage et de l’épandage d’insecticides.

D’origine méditerranéenne, l’humble huppe fasciée ( marquée de bandes ), à l’espérance de vie d’une décennie, hiverne en Afrique tropicale, empruntant les circuits saisonniers.

Son vol solitaire, puissant et léger, à faible altitude, s’apparente à celui d’un ample papillon ondulant.

Le fondement de son nom découle de la monotonie du doux pupulement masculin « houpoupoup ».

En l’évoquant, les Latins ont transformé son chant onomatopéique houp, oup, oup, en la baptisant officiellement « UPUPA EPOPS » transformant le U en OU.

En Espagne, par dérision, elle est qualifiée de « POUPOUT » relate Maurice Genevois dans son roman « Bestiaire sans oubli » paru chez Plon.

Au moindre saisissement, son spectaculaire attribut frontal, une aigrette fauve en forme d’éventail, tressaille, se redresse ou s’abaisse avec ses pointes sombres, pour donner une forme de pioche ( en grec : epops ), d’où son nom composé « upupa epops ».

Armée d’un long bec arqué et pointu, la carnivore traque à terre et dans les interstices des écorces, en dodelinant la tête : vers de terre, lézards, gros insectes, araignées, larves.

L’anatomie de sa languette la contraint à projeter en l’air ses proies, pour les déglutir plus facilement dans son gosier béant.

La sélection naturelle conduit l’espèce à privilégier l’appariement avec des individus aux chants les plus étendus.

« Un couple de huppes avec ses petits et son nid dans le creux d’un vieil arbre » ( Peinture de John Gould ) 

Après l’accouplement, six œufs bruns sont déposés dans l’anfractuosité d’un arbre, d’un mur, d’un tas de pierres, à quelques mètres du sol.

La couvaison retient la femelle cavernicole trois semaines sur sa ponte, avec alentour, un partenaire actif et monogame qui la sustente inlassablement, de bec à bec.

Il perpétue, avec sa compagne, son activité de nourricier jusqu’à l’emplumement de ses petits.

Plusieurs centaines de becquées sont réparties aux poussins, qui, une fois gavés, regagnent prestement sans ciller l’arrière de la fratrie, les aînés assistant les cadets.

Ils évacuent leurs excréments sur les opportuns alentours et accompagnent ces actes d’un léger sifflement de serpent.

En outre, ils disposent d’une auto-défense chimique exceptionnellement efficace, en émettant la sécrétion fétide de leur glande uropygienne située près du croupion.

A l’instar de la pratique des moineaux et des hirondelles, la huppe s’octroie, par mesure sanitaire, de bénéfiques bains de poussière.

La perception de son chant présage le succès des vendanges et sa présence sur le sol d’un désert, signale la proximité d’une source.

Au Sahara, elle jouit d’une protection soutenue, du fait de ses facultés surnaturelles au moment d’un décès.

En dépit de son faste naturel qui rivalise avec les autres oiseaux, ce pimpant volatile reste un être vertueux proche de l’urbanité, enseignant l’humilité.

N’oublions pas de la louanger quant à son commerce de discrète auxiliaire du jardinier et de l’agriculteur.

Le 19 décembre, nous poursuivrons la découverte d’autres fragiles univers sacrifiés, forts surprenants dans leurs étonnants comportements.

Avec l’autorisation de l’Est Eclair / Libération Champagne

Photo de mise en page : « La huppe est si familière qu’elle ne craint pas de s’approcher des maisons » © Vyctor Meurville – – Bossuat