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Les Ouvriers Charpentiers, Compagnons du Devoir et du Tour de France connaissent immanquablement le robuste insecte de la corporation des Travailleurs du bois, appelé communément abeille charpentière.

Ce noble matériau végétal reposant en rondins, troncs, tas et souches, est le choix dévolu du xylocopa violacea ( Linnaeus 1758 ) , en grec « xulos », le bois et « violacea », bleu violet métallique. Amoureux du soleil et de la chaleur, le vigoureux pacifiste surgit au printemps, après l’hibernation dans un arbre creux ou une grange, le réchauffement climatique l’amenant désormais à étendre son aire de répartition vers le nord.

Un aspect noir de jais, aux multiples chatoiements, une corpulence trapue et velue, quatre puissantes ailes transparentes, rehaussées de nuances, déterminent une élégante tenue équilibrée, desservie d’un bourdonnant comportement.

A son aérienne apparition, la panique s’installe spontanément dans les rangs, chez le plus téméraire badaud y compris.

Cette légitime réaction dessert fâcheusement toute curiosité vis à vis de l’impressionnant solitaire, sous estimé, et placide à souhait en milieu bienveillant.

Représentation artistique du XVI ème siècle : l’abeille charpentière est représentée dans les enluminures des Grandes Heures d’Anne de Bretagne – Image du domaine public ( source Wikipedia) 

Son envergure de 5 cm / 3 cm, classe ce curieux phénomène en catégorie poids lourds des hyménoptères d’Europe, dont il est un des manifestes représentants.

De tempérament crédule, tout absorbé à ses affaires, il se laisse facilement approcher.

Par moyen de défense, la femelle exagérément dérangée, peut être agressive, étant la seule à posséder un aiguillon dans le couple.

Guidée par son instinct, elle se dirige vers la matière morte ou malade, y construit un logis, se positionnant comme maillon de la chaine de recyclage des déchets végétaux.

A l’instar d’un vaillant Artisan, l’abeille charpentière creuse le bois à la perfection, avec ses pièces buccales, aussi aisément que secondée d’une gouge ou d’une tarière, atteignant son objectif avec la fabrication d’un ouvrage de caractère.

Elle fore d’abord une galerie verticale de 1,8, cm de diamètre et de 0,30 cm de long, au fond de laquelle elle aménagera une quinzaine de petites cellules individuelles cloisonnées de sa salive et de sciure.

Dans un deuxième temps, secondée d’un sens aigu de l’orientation, la laborieuse recueille à la langue dans son jabot, le pollen et le nectar des fleurs détectées par leurs couleurs, qui sont des messages chimiques codés de localisation, nommés anthocyanes.

A son insu, elle participe en même temps, au phénomène de pollinisation des plantes telles que : belle de nuit, chèvrefeuille, gesse, sauge, glycine, acanthe.

Après la récolte, chaque logette recevra un œuf et 2 g. de pollen, une source de minéraux dont du sélénium, un élément rare dans l’alimentation humaine.

Gîte et couvert assurés, la métamorphose des larves se réalisera en huit semaines, au sein d’un petit chef – d’œuvre réoccupé souvent par ses descendants.

L’Université Cornell, de l’Etat de New York, accueille ainsi depuis 1930, une même population de ce prodige.

Sous – estimé, voir détruit du fait de son aspect rébarbatif, le xylocope violet est en danger.

Son importance majeure pour la planète lui confère un Statut de protection élevé, le plaçant en liste rouge européenne des espèces menacées.

Il mérite notre respect, comme réel participant au maintien de l’équilibre des jardins et de la terre.

Il est dit que parfois les apparences sont trompeuses : ceci est vrai pour ce joyau charpenté de la Nature.

Yves MEURVILLE ( texte et photos de l’insecte )

Avec l’autorisation de l’Est Eclair / Libération Champagne

Note
Ne pas se fier aux apparences, tel est le message délivré ici
Une leçon délivrée par cet insecte qui au premier abord rebute et effraye le plus téméraire des
hommes
Apprendre à mieux connaitre, c’est reconnaitre et apprécier les valeurs cachées de tout être vivant