Rencontre avec cet hôte habituel de nos espaces verts qui raffole, à la belle saison, de cette plante à l’allure chardon, le cardère.

Vous avez sans doute remarqué dans votre jardin ou dans un parc, la silhouette familière du chardonneret dit « élégant ». Cet oiseau frêle (15g) et alerte en vagabonde aux beaux jours en zigzags en émettant de petits cris.

Son plumage coloré de jaune, de blanc, son masque facial rouge et sa nuque noire – qui le font surnommer « bille de clown »– sont agrémentés d’un fort bec pointu facilitant l’extraction des semences.

En effet, ce joli volatile est un bon auxiliaire des cultures car il décortique les graines de plantes envahissantes comme le chardon (d’où son nom), le pissenlit, séneçon, bleuet…

Mais son péché mignon reste le « cabaret-des-oiseaux », ou cardère, qui lui fournit de l’eau et des graines. Son nid, qu’il dissimule avec du lichen d’écorce, est un petit chef-d’œuvre que l’on peut souvent voir dans les vieux arbres fruitiers.

Y seront pondus cinq œufs bleu pâle, tachés brun-rouge, couvés par la femelle qui sera nourrie continuellement par son mâle. Les petits s’alimenteront d’insectes puis de graines ramollies dans le jabot de leurs parents.

Pendant longtemps, le chardonneret fut recherché par l’oisellerie, encagé, éduqué à être vêtu, à l’exécuter divers mouvements (faire le mort, tirer de petits seaux, mettre le feu à un pétard). Il suffit de lire le naturaliste Buffon, qui raconte l’un de ces épisodes dans son Histoire Naturelle.

Mais les temps ont changé et depuis 2009, le chardonneret « élégant » est une espèce protégée par le Code de l’environnement. Il est donc interdit de porter atteinte aux individus mais également à leurs nids et à leurs couvées.

C’est en juillet que l’oiseau peut profiter à l’envi de son mets favori : la cardère des champs, dipsacus sylvestris, dérivé du grec dipsan aekomaï qui signifie « je guéris la soif », une dénomination justifiée par les réservoirs de retenue d’eau et de pluie qu’elle possède à la base des feuilles. Très robuste, elle peut atteindre 2 m de haut et présente des sommités hérissées de piquants.

L’amie des chardonnerets

Cette plante a besoin d’espace pour la floraison de capitules mauves attirant abeilles, bourdons, papillons. De ces rencontres entomologiques sortiront 5 000 graines par plant : un régal énergétique pour les chardonnerets.

Bourdons terrestres se nourrissant sur les fleurs-capitules de cardère sauvage

Durant trois siècles, sa cousine, la cardère des villes, plus griffue, se sema des dans des champs de cardonnières près des fabriques de draps. Cette culture était plus rentable que celle du blé.

Après floraison, les têtes coupées (20 000 à l’hectare) servaient à carder les draps avec un outil appelé « la croisée à chardons ». On se servait également de cette plante pour peigner les étoffes de laine de grand luxe pour la confection d’uniformes militaires, les vêtements des nobles et des rois, puis les toiles de billard, le mohair (chèvre), le loden (mouton mérinos).

Vers 1830, la machine remplaça le travail harassant des chardons-bonnetiers et les derniers champs subsistèrent en Provence jusqu’en 1983.

Semons une seule cardère, ou si elle pousse naturellement, ne la détruisons pas, pour le plaisir d’observer sa montée majestueuse de 2 ans, vrai hôtel des oiseaux et insectes !

Avec l’autorisation de l’Est Eclair / Libération Champagne

Quelques liens pour poursuivre vos découvertes sur la nature :