« Les oiseaux libres ne souffrent pas qu’on les regarde .
Demeurons obscurs, renonçons à nous près d’eux » – René Char –

L’oiseau-moqueur-chat ( Dumetella carolinensis ) est un oiseau d’Amérique qui chante
souvent la nuit à la pleine lune et qui imite les miaulements du chat

La Nature a des pouvoirs insoupçonnés, la Science le confirme régulièrement par des expériences de réceptivité de la végétation aux chants des oiseaux, notamment des arbres, ce qui à terme en stimulerait la vigueur et la production de leurs fruits.

S’il est un oiseau, non apathique*, qui nous fascine par sa ritournelle et sa sombre calotte noire nous rappelant « la charbonnière », cette personne qui fabriquait jadis en forêt du charbon de bois, c’est bien la mésange charbonnière ( Parus major ), la plus grande et plus populaire des six espèces indigènes. Sa cousine est la mésange bleue qui l’accompagne souvent dans ses vagabondages près des mangeoires.

© Yves Meurville

Photo de l’article : « Un petit oiseau, un petit félin s’aimaient d’amour tendre » ( en clin d’œil à la chanson de Juliette Gréco, un petit poisson, un petit oiseau … )

Envoûté par ce volatile, je connais un chat « d’oratoire », très singulier, nommé « Jack-Jack », qui le respecte à distance, jouissant ainsi du spectacle vivant donné par cet être volant, frêle, acrobatique, vif et capricieux, du poids d’une enveloppe, facile à gagner dès l’automne avec le dépôt d’arachides au bord d’une fenêtre.

Sa douceur apparente liée à son plumage, voile une agressivité sous l’habit richement paré, au ventre jaune et raie noire, dos vert-kaki, joues blanches, ailes bleues, le tout facilement identifiable avec l’opportunité d’un agréable exercice familial d’ornithologie*.

La différenciation des sexes se caractérise par un bandeau noir média-ventral de
l’oiseau appelé cravate , large sur le poitrail pour le mâle , plus restreint pour la
femelle .

La mésange conquiert la campagne, la végétation des parcs urbains, entre autres, la Vallée Suisse à Troyes, les haies des jardins, en inspectant fébrilement toujours en hauteur pour se protéger des prédateurs, les rameaux, les écorces ridées des vieux arbres.

Grande consommatrice de pucerons et de chenilles dont les urticantes, son éclectisme* la porte en sautillant vers des graines oléagineuses, des insectes, des baies ; un notable besoin nutritif amenant une famille à consommer 15 000 chenilles en une saison.

Le timbre métallique du mâle, proche du grincement d’un ustensile sur de l’acier, tinte à l’envi* le vocabulaire rythmé et riche avec 40 notes distinctes ressassées qui séduiront sans contredit* sa Dame, si elles sont basses en intensité. Cette singularité langagière a valu à l’oiseau le nom de « serrurier ».

D’origine cavernicole, ce passereau insigne, hante les excavations, il recherche au printemps un nichoir pour y déposer 10 œufs tachetés, de 1,8 g, sur du crin et de la mousse, libérés par lui des fientes de ses petits, tout le temps de l’élevage.

Durant la couvaison de 17 jours dans l’obscurité, la femelle défend, bec et ongles, sa descendance nourrie en 18 jours environ de proies d’insectes par le couple, soit pour réussir une nichée, un total de 9 000 becquées, à raison de 500 par jour pour la totalité du nid. Il peut y avoir 2 couvées annuelles si la nourriture dans la nature est suffisante.

Pour l’anecdote, les Anglais découvrirent vers 1920 que les bouteilles de lait entier, déposées à l’aube devant leurs maisons, avaient les opercules d’aluminium crevés à coups de becs. Ils enquêtèrent et découvrir que la mésange friande de crème remontée en surface était ainsi passée par là !

S’il vous arrivait d’adopter un chat, apprenez-le lui aussi à vivre en parfaite harmonie avec la fugitive esthétique de ce bel oiseau familier, adjointe à la poésie de René Char : « Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la Beauté. Toute la place est pour la Beauté ».

Avec l’autorisation de l’Est Eclair / Libération Champagne

Conseil de lecture : le livre « Le chat et l’oiseau », une histoire inspirée de l’œuvre du Peintre Paul Klee et de son tableau « Le chat et l’oiseau », contant l’histoire d’un chat séduit par un oiseau « qu’il dévorait des yeux ».

LEXIQUE :

  • Apathique : ( adjectif ) : incapacité à réagir par mollesse
  • L’ornithologie : ( nom féminin ) : partie de la zoologie qui étudie les oiseaux
  • L’éclectisme : ( nom masculin ) : attitude de quelqu’un qui s’intéresse à de nombreux domaines
  • À l’envi : ( nom masculin ) : à qui mieux mieux, en rivalisant
  • Sans contredit : ( locution adverbiale) : sans contestation possible
  • Cavernicole : ( adjectif et nom masculin ) : se dit d’un animal qui vit dans l’obscurité, dans les grottes, les cavernes
  • Le passereau : ( nom masculin ) : petit oiseau qui vit principalement dans les arbres
  • Insigne : ( adjectif ) : digne d’attirer l’attention, remarquable