Le noisetier, très présent dans notre région, doit, pour arriver à maturité, faire face aux aléas climatiques et lutter contre son fidèle ennemi, le balanin.

Une force gouverne la Terre qui tourne sur elle-même à environ 1700 km/h (à l’équateur) et nous promène dans l’espace avec son cycle marqué par les saisons, solstices et équinoxes.

Simultanément à cette force, d’autres événements ont lieu depuis le début de l’hiver : les grues cendrées sont parties vers l’Espagne, les papillons paons du jour hibernent, les merles noirs dégustent les baies du lierre grimpant et hivernent sous ses feuilles et le grillon des champs reclus dans son terrier subit ses métamorphoses.

A cette apparente inertie hivernale s’ajoute un autre événement le long des routes départementales auboises.

Le noisetier ami du sourcier

En effet, derrière les vitres de nos automobiles, lorsque nous circulons défile le long des bas-côtés une présence végétale qui agite sous la bise ses pendeloques de pollen, de longs et graciles chatons dont raffoles les cerfs. C’est le noisetier, ce qui casque en grec et dont les sourciers des villages utilisaient les baguettes en forme de Y pour détecter les points d’eau souterrains.

Présent sur la Terre depuis des millions d’années, on a retrouvé de grandes quantités de coques de noisettes dans les habitats pré-historiques car ce fruit était fort recherché par les hommes pour ses qualités nutritives, stimulantes et bien plus digestes que sa cousine, la noix.

Le pollen jaune, c’est à dire l’élément mâle de ses châtons, s’envole sous la pression du vent pour aller se poser dans les ovaires de la fleur femelle de l’arbuste qui, fécondée, donne en septembre la noisette, seul fruit contenu dans une coque ligneuse et récolté à l’état sauvage pour la consommation humaine dans les fameuses pâtes chocolatées.

Devenir noisette n’est pas une mince affaire et demande beaucoup d’exploits pour arriver à terme, car les interactions d’équilibre entre espèces animales et végétales sont complexes et soumises à des dangers.

Le balanin lié à la noisette

En effet un insecte femelle de 4mm guette ce fruit : c’est le balanin des noisettes dont parle Jean Henri Fabre dans ces célèbres Souvenirs Entomologiques (tome VII).

Cet insecte perce un trou dans la noisette verte encore tendre avec son rostre, ressemblant à un foret, qu’il porte sur sa tête, puis, faisant demi-tour, après accouplement, il pond un œuf avec son ovipositeur qu’il dépose au cœur de la noisette.

Naîtra bientôt un ver vorace qui y trouvera abri et nourriture en croquant l’amande. Puis il s’extirpera de sa cellule en perçant de nouveau le bois de la noisette, avec ses mandibules, d’un trou de 2mm pour se nymphoser au pied de la plante, dans un terrier qu’il confectionnera avec soin.

Durant deux ou trois hivers, une alchimie fabuleuse métamorphosera ce ver en insecte parfait, appelé balanin, qui terminera son cycle sur le noisetier pour pondre à nouveau dans le fruit, ce qui terminera la boucle de la dépendance animale et végétale.

Comment ne pas s’émerveiller par tant de prouesses et se questionner sur ces existences reliées entre elles, qui nous entourent silencieusement, et qui risquent, peut-être de disparaître définitivement !

Avec l’autorisation de l’Est Eclair / Libération Champagne

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