Par définition, c’est lui l’Officier supérieur de marine des papillons de la famille des Vanesses, lui « le vulcain » ou l’Amiral rouge.

Pourtant, rien ne prédisposait au grade le plus élevé ce migrateur de quelques grammes, si ce n’est la bande diagonale rouge orangée sur ses ailes noires, comparée à l’écharpe écarlate d’un Amiral.

« En Allemagne le vulcain a été célébré avec l’émission d’un timbre précisant son titre d’Amiral des papillons »

Il endosse aussi la place d’honneur chez les lépidoptères pour savoir se glisser adroitement dans les mouvements d’air, être en capacité d’aller jusqu’à 2 000 mètres d’altitude par température avoisinant les 2 ° C.

Souvenez-vous, « Vulcain » est le Dieu des artisans et des forgerons, ces hommes de peine qui œuvraient autrefois à la campagne, le métal incandescent, cramoisi au feu de la forge, dans leur maréchalerie à l’odeur de corne brulée émanant du ferrage des chevaux.

Cette année, le vulcain est exceptionnellement présent dans notre région, son flux migratoire ayant subit des modifications du fait du réchauffement climatique.

Cet ardent migrant à l’envergure de braise de cinq centimètres connait une vie éphémère de huit mois et beaucoup de dangers à affronter sur terre et sur mer.

Au printemps, époque de la reproduction, il remonte de l’Afrique via l’Espagne, survolant le détroit de Gibraltar, en direction du Nord de l’Europe.

A l’automne, ses descendants feront le chemin inverse et retrouveront le lieu originel des sites parentaux pour se multiplier : une réalité de la nature difficilement intelligible.

Les facteurs qui déclenchent les migrations sont multiples et les connaissances en la matière très récentes (1er suivi national de migration en 1998 et recensement de 6 000 vulcains au Mont St Michel).

Plus récemment en Haute – Savoie, 7 000 individus ont été marqués au feutre sur l’aile afin d’étudier leur trajectoire.

Dès la floraison, nous l’apercevons, le matin et en fin d’après- midi, très actif au soleil, sur les asters, le buddleia ( arbre aux papillons ), les fleurs du lierre grimpant, à la recherche du précieux nectar, sa réserve de nourriture vivifiante et énergétique, indispensable à son vol migratoire épuisant de plusieurs milliers de kms.

« Sur une feuille de l’arbre aux papillons, le vulcain se repose de son vol migratoire et se chauffe au soleil »

Il s’en repaie longuement avec sa trompe qu’il roule et déroule à l’envie en visitant chaque capitule de fleur.

Il s’enivre parfois en léchant le suintement de la sève des arbres blessés, le sucre des fruits mûrs et pourris, tombés à terre.

Dans ces conditions, le vulcain extatique, se laisse admirer et photographier mais sans empressement de notre part, étant très sensible à tout déplacement d’air et mouvements intempestifs perturbant la lumière du jour.

Un papillon à 4 pattes ?

De prime abord, ce papillon n’a que 4 pattes au lieu de 6 comme tout insecte .En effet, les deux pattes avant sont partiellement cachées, car atrophiées et repliées.

Le revers de ses ailes, irisé et marbré, s’harmonise avec la teinte d’une écorce et le lichen des pierres, ce qui lui sert de camouflage en cas de stress.

Les sexes sont pratiquement identiques et rien ne permet de les distinguer si ce n’est le volume plus proéminent de la mère qui porte les œufs.

Fait curieux, après l’accouplement, de son sens du goût situé sur ses pattes, la femelle identifie les végétaux impartis : ortie *, pariétaire, houblon, avec l’avantage de déclencher instantanément sa ponte sur la plante choisie.

Les chenilles éclosent dix jours après, s’enroulent individuellement en cornet dans les feuilles nourricières, qu’elles cousent méthodiquement de leur soie; un abri qu’elles dévorent progressivement de l’intérieur.

Un mois après leur naissance, elles se métamorphosent en chrysalides, suspendues au feuillage.

30 jours suffiront à la conception d’un frêle VULCAIN qui naîtra du corps chrysalidaire : une célébration symbolique de la fragilité de toute vie .

En continuation de ces énigmatiques aventures, donnons – nous rendez-vous ici le mois prochain.

* des dizaines d’espèces de chenilles se développent sur l’ortie

Avec l’autorisation de l’Est Eclair / Libération Champagne

Texte et photos : Yves Meurville et photo d’entête © compte pixabay wal-172619