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Janvier est de retour sous un hiver enneigé. Au coeur d’une ruche, un cercle d’abeilles engourdies, résiste au froid. Pour en réchauffer l’essaim, elles s’alimentent d’une réserve d’énergie à base du nectar des dernières inflorescences annuelles, les providentiels ornements de lierre grimpant.

Nommés scientifiquement « Apis mellifera », ces trésors millénaires constituent l’une des merveilles de la création, diront certains, d’esthétiques modèles d’organisation et de compétence, ajouteront d’autres.

Dernières fleurs sauvages de l’année pour les abeilles : le lierre grimpant

La définition de leur nom commun « abeille » les apparentant à des insignes d’armoiries et des broderies en forme d’alvéoles, les nids d’abeilles.

Mettant à profit les exhortations d’Hyppocrate, le Père de la médecine : « Que ton aliment soit ta seule médication ! », le primitif hyménoptère transformera sa récolte, en miel dérobé au creux d’un lieu inaccessible. Une manne ancestralement pillée sous d’impressionnantes escalades humaines.

Les Égyptiens domestiqueront l’animal, en colonies dans des supports d’osier, les précurseurs d’abris à cadres de loges hexagonales en cire, une substance utilisée jadis à l’éclairage aux bougies, des demeures et des églises.

Légende de la photo : Pelottes de pollen

Les Égyptiens domestiqueront l’animal, en colonies dans des supports d’osier, les précurseurs d’abris à cadres de loges hexagonales en cire, une substance utilisée jadis à l’éclairage aux bougies, des demeures et des églises.

Experte en chorégraphie, une section d’éclaireuses bourdonnantes à l’exceptionnelle mémoire visuelle, informera l’essaim par une danse dévoilant la direction et la distance des sources nectarifères. Des calculs effectués à l’oeil nu, en fonction des positions du domicile et du soleil, liées à l’heure.

Pourvues de ces précieux éléments, des pourvoyeuses, de concert, s’élanceront butiner et polliniser les fleurs mellifères, parfois dans un rayon de 10 kms ( source INRAE ), via le truchement du nectar et du pollen odoriférant. Cet immuable principe garantissant la survie du monde végétatif et de l’apidé.

C’est l’autrichien, le Dr Karl von Frisch, qui interpréta le sens de ces interactions langagières et qui obtint en 1973 le prix Nobel.

Les oeuvres de ruche, d’origine animale ( gelée royale, cire ) et végétale ( miel au sucre lent, pollen, propolis ), prennent toutes valeurs de noblesse sous la main de l’apiculteur. Elles participent à l’apithérapie, l’art de se soigner avec les abeilles.

Une unique reine-mère occupera un gîte, investie à l’heure de sa ponte du pouvoir d’attribuer le sexe à ses futurs enfants dans un ensemble d’oeufs formant le couvain, auquel se consacreront des milliers d’ouvrières : nourrices, cirières, agents d’entretien et du maintien constant de la température.

Au sein de cette société de travailleurs diligents, chaque être oisif sera toléré. Il lui incombera la mission de déceler et signaler toute perturbation à l’harmonie des tâches.

Incarnant l’ardeur à l’ouvrage et au dévouement d’une République dotée d’un Chef, l’insecte agréera aux idéaux de Napoléon 1er qui l’adoptera comme emblème du pouvoir. À ce titre, des manteaux de velours pourpre, semés d’abeilles d’or, pareront le dos des époux Bonaparte, lors de la cérémonie d’auto-proclamation de leur sacre, le 2 décembre 1804, en la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Pendant longtemps, la forme de l’abeille figurera dans la symbolique d’état française, entre autres sur les armoiries

Autrefois, l’offrande d’un délicieux breuvage miellé était censé stimuler les premiers moments d’une union, d’où l’expression « lune de miel », une allusion au corps céleste accomplissant en un mois, son cycle autour de la terre. Cette locution encore contemporaine, synonyme de félicité, met à profit un temps fort de recueillement d’époux, loin du tourbillon de la vie…

Après ces éloges à un être merveilleux, rendons grâce à Mellifera, l’endurante porteuse de miel !

Avec l’autorisation de l’Est Eclair / Libération Champagne