- De Troyes La Champagne Tourisme à la Cité du Vitrail
- 2h
- 2km
- © : Armelle Couillet, CNRS ; GIP Rachi – Estelle Jonaseck ; La Vie en Champagne ; TLCT / IA Adobe Firefly ; Tilixia-Summer / Pixabay ; kinkate / Pixabay ; Adrien Clergeot, Ville de Troyes ; Carole Belle, Ville de Troyes ; Maison Rachi ; Delphine Yagüe ; GIP Rachi / Google Gemini ; Roger Foley / Abbaye de Clairvaux ; Wikimedia Commons ; Clara Brancaleoni ; Philippe Pernet Balson
Découvrez le centre-ville de Troyes au travers de thématiques liées à Rachi et à la culture juive, dans des sites troyens indirectement liés au patrimoine juif

Connaissez-vous le comté de Champagne ? Dès le 12e siècle, ce puissant fief du royaume de France connaît un formidable essor économique et culturel, notamment grâce aux célèbres foires de Champagne, le plus grand marché commercial et financier de l’Occident médiéval.
Ce contexte favorise notamment le développement des communautés juives, comme dans le Nord et l’Est de l’Europe.
À Troyes, cœur du comté Champagne, juifs et chrétiens ont des relations de proximité : ils parlent la même langue, pratiquent les mêmes métiers et vivent dans les mêmes quartiers. Au 13e siècle, près d’un tiers des juifs de France est établi en Champagne. Cet environnement est particulièrement propice à l’étude et à la créativité.
C’est dans ce contexte que Salomon fils d’Isaac, plus connu sous le nom de Rachi, compose l’intégralité de son œuvre. Né à Troyes en 1040, il devient célèbre pour ses commentaires des textes sacrés du judaïsme. Cet enseignant reconnu donne une nouvelle impulsion intellectuelle aux juifs de Champagne… et de l’Europe entière.


Partez avec Rachi à la découverte des rues de Troyes, au fil de ses commentaires, de ses enseignements, et d’éclairages sur la communauté juive médiévale de Champagne.
Une Fable sur Rachi
Trajet de à pied
Entrée de la ruelle des chats
Rendez-vous à l’entrée de la ruelle des Chats.
Prenez un instant pour écouter cette fable : elle vous dévoile une belle légende à propos de la mère de Rachi.
Depuis des générations, on raconte que cette histoire aurait eu lieu dans la ruelle des Chats… Mais, détail amusant, cette rue n’existait pas encore au 11e siècle !

Ni Rachi, ni sa mère, ni ses filles ou ses disciples n’ont jamais arpenté ce quartier ! Mais qui sait, cette histoire a peut-être pris vie dans une autre partie de la ville… ?
Le prénom de la mère de Rachi, ainsi que celui de son épouse, restent un mystère. En revanche, nous connaissons ceux de ses trois filles : Myriam, Yochebed et Rachel.
Nous vous invitons à découvrir le rôle et la place des femmes dans la société médiévale selon Rachi.
Installez-vous confortablement dans le jardin Juvénal des Ursins, et laissez-vous porter…

Rachi est un fervent défenseur des droits des femmes dont il contribue à faire évoluer le statut. Il permet à ses trois filles d’étudier les textes sacrés, fait inhabituel pour son époque.
Il considère que le mariage est une alliance sacrée entre deux partenaires et incite ses lecteurs à se conduire avec les femmes avec le plus grand respect. Il condamne la violence conjugale. Battre sa femme est pour lui un motif de divorce.
Il encourage les femmes à prier et chanter dans l’espace de la synagogue qui leur était réservé.
Au Moyen Âge, Troyes était une ville où l’on prônait « l’amour courtois ». Aussi appelé fin’amor, l’amour courtois désigne une manière d’aimer, empreinte de courtoisie, de respect et d’honnêteté envers son partenaire. C’était particulièrement vrai à la cour du comte de Champagne, à Troyes au 12e siècle
Qu’est-ce que l’amour courtois ?
Rachi avait sa propre vision sur les questions concernant le couple : l’homme doit respect et amour à son épouse. Dans la Bible (Genèse, 2,18), il est écrit : « Dieu dit : “Il n’est pas bon que l’homme soit seul : je lui ferai une aide face à lui” ». Rachi commente ce passage, en interprétant l’utilisation du mot « face » :
Traduction : « Elle est une aide pour toi, mais si tu ne le mérites pas, elle devient une aide contre toi. »

Dans Deutéronome (24, 5), il est écrit : « Lorsqu’un homme vient nouvellement de prendre une femme, il ne partira pas à l’armée et on ne lui imposera aucune corvée ; libre il sera pour sa maison pendant un an, et il réjouira sa femme. ». Rachi commente ainsi ce verset :
Traduction : « Il réjouira sa femme. Celui qui comprendrait : il se réjouira avec sa femme, serait dans l’erreur ! »
Rabbi Isaac, qui avait reçu les enseignements de Rachi, insiste sur ce principe dans son ouvrage, le Sefer Mitsvot Qatan, rédigé à Corbeil au 13e siècle. Selon lui, cette obligation de rendre sa femme heureuse ne s’applique pas uniquement au début du mariage, mais tout au long de la vie conjugale !
Tohu Bohu
Eglise Ste Madeleine
Rendez-vous devant le porche de l’église Sainte-Madeleine.

Les vitraux de l’église Sainte-Madeleine sont de véritables trésors. Entrez, puis remontez le bas-côté sud et dirigez-vous vers le chevet de l’église. Là, juste devant vous, regardez ce chef-d’œuvre du 16e siècle : ce vitrail raconte avec finesse, la Création du monde. Prenez le temps de l’observer… chaque scène est une page d’un récit universel.

Le vitrail se lit de bas en haut, de gauche à droite. Vous y découvrez Dieu en pleine création du monde, jour après jour, pendant six jours. Dans le livre de la Genèse (1, 2), le texte hébreu décrit le début de la création en utilisant le terme « Tohu Bohu ». Écoutez à présent comment Rachi interprète ces mots hébreux mystérieux :
Traduction : « Tohu signifie étonnement, stupéfaction. L’homme est saisi d’étonnement et de stupeur face au vide. En français (médiéval), tohu se traduit par estordison. Bohu, quant à lui, signifie « vide et solitude ». »
Saviez-vous que cette expression strictement hébraïque, est passée dans le langage courant en français grâce à sa force évocatrice ? Tohu bohu, ces deux mots mystérieux, trouvent tout leur sens grâce à l’explication que Rachi nous en donne.
Symboles
Rue Brunneval
Rendez-vous entre les numéros 2 et 5 de la rue Brunneval.
Vous vous trouvez à présent entre la synagogue de Troyes (au n°5) et l’Institut universitaire et culturel européen Rachi (au n°2).
Quelle différence entre ces deux lieux ?
Cette synagogue est un lieu de culte actif depuis 1960. Depuis 2017, elle accueille également la « Maison Rachi », une exposition permanente dédiée à Rachi, à ne surtout pas manquer !
L’Institut Rachi, installé au n°2, est un établissement universitaire ouvert à tous depuis 1990. Il propose aussi une riche exposition sur l’histoire des juifs de Troyes, une bibliothèque spécialisée, ainsi qu’une programmation variée d’événements culturels tout au long de l’année. N’hésitez pas à consulter le programme !
La synagogue de Troyes se distingue par plusieurs symboles religieux visibles sur sa façade. Chacun de ces éléments porte une signification particulière.
Prenez un moment pour les observer…
- L’Étoile de David

Son nom hébreu, “maguen David”, signifie littéralement « Bouclier de David ». Apparue comme symbole du judaïsme au 14e siècle, cette étoile à six branches était à l’origine un signe de protection contre les forces maléfiques. Elle est aujourd’hui le symbole le plus connu du judaïsme, emblème de délivrance et de salut.
- La Menorah

Symbole ancestral du judaïsme, la menorah est un chandelier à sept branches qui font écho aux sept jours de la semaine. En son centre le Chabbat (le samedi), jour sacré du judaïsme, illumine tous les autres jours. La menorah représente un arbre de vie, avec ses branches et ses fruits. Elle incarne la lumière du savoir et du divin, qui éclaire ceux qui étudient les textes sacrés.
Pour tout savoir sur l’apparence de la menorah, retrouvez la description de sa construction, figurant dans la Bible (Exode 25,31-33)
- Les Tables de la Loi

Saviez-vous que l’expression française « Tables de la Loi » ne correspond pas au terme hébreu Asseret hadibrot qui se traduit par « Les Dix Paroles » : il s’agit d’un ensemble de dix lois universelles, réparties en deux groupes : les lois envers le créateur, et les lois envers son prochain. Ces « paroles » ou « lois » sont traditionnellement représentées sur deux panneaux arrondis en leur sommet, symbole bien connu dans l’iconographie juive. Ces Dix Paroles sont mentionnées deux fois dans la Bible : au chapitre 20 du livre de l’Exode et au chapitre 5 du Deutéronome.
Lisez les dix commandements en français et en hébreu
- Inscription en hébreu au-dessus de la porte d’entrée de la Synagogue

Comme beaucoup de synagogues, celle de Troyes porte un verset de la Bible, gravé en hébreu sur son linteau. Cette tradition ancienne inscrit dès l’entrée, un message spirituel fort, pour rappeler l’essence du lieu. Le verset, lu de droite à gauche, est tiré du Psaume (118, 19), attribué au roi David : « Ouvrez-moi les portes de la justice. Je veux les franchir, rendre hommage à l’Éternel ».
Monnaie Trébuchante
Rue de la Monnaie
Rendez-vous place Audiffred, au n°12.
Au Moyen Âge, et jusqu’au 13e siècle, les juifs d’Europe exerçaient des activités agricoles. Ils avaient le droit d’être propriétaires de terres, qu’ils cultivaient ou sur lesquelles ils pratiquaient l’élevage ou la viticulture.

C’est le cas de Rachi, qui possède probablement des vignes. Ses petits-fils, Samuel et Jacob, sont respectivement éleveur et commerçant en vins.
Mais ce mode de vie change au 13e siècle, lorsque le roi de France, Louis IX supprime le droit des juifs à posséder des terres.
Les juifs n’avaient pas non plus facilement accès aux métiers artisanaux : organisés en guildes sous l’égide d’un saint patron, leur insertion dans ces réseaux est incompatible avec la tradition juive. Seuls le commerce et les métiers liés aux sciences leur restaient ouverts : la médecine, notamment, est une pratique fréquente chez les juifs qui savaient tous lire et écrire. Le crédit, enfin, joue un rôle crucial au Moyen Âge : à une époque où les banques n’existent pas encore, le prêt d’argent est une activité encadrée par le pouvoir royal. À compter du 13e siècle, l’Église interdit aux chrétiens de prêter avec intérêt. Seuls les « non-chrétiens », comme les juifs, y étaient autorisés. C’est ainsi que les juifs deviennent des marchands-prêteurs, présents notamment aux foires de Champagne, où ils occupent une place essentielle dans les échanges économiques à petite ou plus grande échelle.

Troyes, ville du livre
18 rue de la Monnaie (à l’intersection des libraires)
Rendez-vous à l’intersection des rues de la Monnaie et Juvénal des Ursins.
Le judaïsme repose sur l’étude et l’interprétation des textes sacrés que sont principalement la Bible et le Talmud. Rachi et ses disciples en ont rédigé des commentaires essentiels. Leurs interprétations sont toujours étudiées, dans le monde entier. Aucun écrit de la main de Rachi n’a été retrouvé à ce jour. Cependant, les nombreuses copies manuscrites ont permis une transmission fidèle de son œuvre.
Rachi n’est pas le seul intellectuel champenois à avoir marqué son époque. D’autres penseurs du 12e siècle, juifs et chrétiens, se sont également illustrés par la richesse de leur pensée :
- Bernard de Clairvaux, fondateur de l’ordre cistercien, à l’origine de la création de nombreuses abbayes, dont celle de Clairvaux que nous vous encourageons vivement à visiter. Lors de la Deuxième croisade (1147-1149), Bernard de Clairvaux joue un rôle singulier : il adresse deux lettres aux évêques du royaume et de la Vallée du Rhin, leur demandant de protéger les juifs contre les violences perpétrées par certaines bandes armées. S’ils prônent leur conversion plutôt que leur élimination, ces courriers permettent néanmoins d’éviter un second massacre des juifs, comme celui survenu lors de la Première croisade.

- Chrétien de Troyes, écrivain de génie, qui porta la littérature arthurienne à son apogée, est l’auteur de récits devenus célèbres dans le monde entier, comme Perceval ou le Conte du Graal, Yvain ou le Chevalier au lion, Érec et Énide ou encore Lancelot ou le Chevalier à la charrette.

- Pierre le Mangeur, en latin Petrus Comestor, théologien troyen du 12e siècle.

Vous pouvez découvrir des œuvres majeures de Bernard de Clairvaux, Chrétien de Troyes et Pierre le Mangeur à la Médiathèque Jacques-Chirac de Troyes qui abrite une riche collection de manuscrits anciens, dont plusieurs proviennent directement de la bibliothèque de l’abbaye de Clairvaux. Ce précieux fonds, saisi lors de la Révolution française, constitue aujourd’hui un véritable trésor patrimonial, inscrit au registre Mémoire du monde de l’UNESCO.
Foires de Champagne
Trajet de à pied
6. Foires de Champagne (Place Marché au Pain)
Rendez-vous maintenant place du Marché au Pain.
Du 12e au 14e siècle, la ville organise deux grandes foires annuelles, qui ont fait de Troyes un carrefour économique majeur en Europe, attirant marchands et voyageurs venus de loin. On y trouve des produits rares et précieux, bien différents de ceux des marchés d’aujourd’hui : fourrures, soies, épices, armes, denrées alimentaires, esclaves… Toutes ces marchandises transitent depuis les grandes routes commerciales d’Europe avant d’être vendues en Champagne.

Les foires médiévales de Troyes ne sont pas seulement des lieux d’échanges commerciaux. Il y règne une grande effervescence : c’est l’occasion d’organiser des agapes festives, au cours desquelles les rues s’emplissent de rires, de musiques… et de délicieux fumets. Dans ses commentaires, Rachi évoque avec réalisme des scènes de la vie quotidienne : du vin entreposé dans de grandes jarres ; des pains vendus à l’extérieur des boutiques, disposés sur des étagères ; des oubliès, ces petits gâteaux parfumés aux aromates vendus dans des paniers à clairevoie ; des bières au jus d’orge ; des rôtis d’oie ; ou encore de la viande de mouton ou de coq farcie.

Saviez-vous que, dans la tradition juive, tous les aliments ne sont pas permis à la consommation ? Seuls certains animaux terrestres peuvent être mangés : ceux qui ont le sabot fendu et qui ruminent. Certains oiseaux seulement sont autorisés. Quant aux animaux marins, seuls ceux qui ont à la fois des écailles et des nageoires sont consommables.
Ces règles font partie de ce que l’on appelle la cacheroute, c’est-à-dire « la conformité » aux prescriptions alimentaires mentionnées dans la Bible, auxquelles les juifs pratiquants sont toujours attachés.
À votre avis, ces animaux sont-ils cachers ?
- Cochon ? Non, son sabot est fendu mais il n’est pas ruminant.
- Lapin ? Non, il n’a pas de sabot et il n’est pas ruminant
- Chèvre ? Oui, elle a le sabot fendu et rumine
- Cheval ? Non, son sabot n’est pas fendu et il n’est pas ruminant
Saviez-vous qu’au-delà de ses commentaires religieux, Rachi nous offre un véritable trésor linguistique ? Dans ses écrits, il mentionne par exemple de nombreux animaux vivant en Champagne au Moyen Âge, dont il révèle les noms en français médiéval, écrit en caractères hébreux dans ses écrits ! En tout, ce sont plus de 2 000 mots qui nous sont ainsi parvenus ! Un précieux témoignage de la langue parlée à Troyes vers 1060.
Voici quelques noms d’animaux en champenois, tirés des commentaires de Rachi.
Essayez de les deviner !
- kalve soritz
Transcription en lettres hébraïques : קלב שוריץ

- Langoste
Transcription en lettres hébraïques : לנגוסט

- Suete
Transcription en lettres hébraïques : שואט

- Arondele
Transcription en lettres hébraïques : ארונדל

Métiers et Outils
MOPO
Rendez-vous à la Maison de l’Outil et de la Pensée Ouvrière.
Vous voici dans la cour de la Maison de l’Outil et de la Pensée Ouvrière (MOPO), un joyau architectural du 16e siècle, véritable fleuron du patrimoine troyen.
Ce musée conserve une collection exceptionnelle de 12 000 outils des 18e et 19e siècles, rassemblés par le père jésuite Paul Feller. La MOPO est bien plus qu’un musée : c’est un lieu de transmission et d’apprentissage, animé par les Compagnons du Devoir. Chaque salle répond à une véritable mise en scène, qui met en lumière les outils, les métiers et les hommes qui les ont façonnés.
Jusqu’au 13e siècle, les juifs ne sont pas circonscrits dans un quartier fermé (le ghetto apparaît au 16e siècle en Italie), mais partagent leur vie quotidienne avec la communauté chrétienne et exercent les mêmes métiers que leurs voisins. C’est ainsi que Rachi peut observer et décrire de nombreux métiers : orfèvre, potier, tisseur, boucher, vannier, mercier, forgeron, boulanger, souffleur de verre, sculpteur ou scribe.
Voici quelques noms d’outils en ancien français, tels qu’on les retrouve dans les commentaires de Rachi. Vous pourrez découvrir ces outils de vos propres yeux dans les collections du musée :

- sige : désigne la scie
- martel : le marteau, utile notamment au forgeron ou au charpentier
- tenalies : ce sont les tenailles
- tonel : désigne un tonneau
- enclume : enclume
Poursuivez votre exploration en suivant un autre itinéraire entièrement dédié à l’ancien quartier juif de Troyes, là où vivait Rachi.
Adam et Eve
108 rue Emile Zola (devant la boutique Free)
Rendez-vous au 108 rue Émile Zola pour y découvrir un commentaire biblique fascinant de Rachi, qui pourrait bien vous surprendre !
Vous êtes à présent devant une boutique installée dans une maison à pans de bois, typique de l’architecture troyenne. Cette bâtisse en chêne illustre parfaitement le style médiéval local, souvent orné de riches sculptures en façade.
Portez attention au poteau cornier – la poutre d’angle extérieure. Vous y verrez une scène finement sculptée : Adam et Ève, de part et d’autre de l’Arbre de la Connaissance, accompagnés du serpent.

Distinguez- vous le fameux fruit défendu, sculpté entre Adam et Ève ?
Selon l’interprétation de la Bible par Rachi, à votre avis, de quel fruit s’agit-il réellement ?
- une pomme
- un avocat
- une pêche
- une figue
La pomme apparaît effectivement dans la plupart des représentations chrétiennes d’Adam et Ève… Mais saviez-vous que, selon Rachi, ce fruit défendu n’était pas une pomme ? Cette idée largement répandue provient d’une erreur d’interprétation issue de la Vulgate, la traduction latine de la Bible par saint Jérôme à la fin du 4e siècle. Il y est écrit que ce fruit provenait de « lignum scientiae boni et mali », c’est-à-dire de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal ».
Or en latin, le mot mali signifie à la fois « mal »… et « pommes » ! C’est ce jeu de mots involontaire qui a semé le doute et installé la pomme dans l’imaginaire collectif.
- AUDIO : Écoutez ce passage de la Bible (Genèse III, 1-7) [CB3]
Quelle en est l’interprétation de Rachi ?
Traduction : « Le figuier est l’arbre dont ils avaient mangé. Ce qui avait causé leur perte leur apporta aussi le remède ! Pourquoi cet arbre n’a-t-il pas été nommé clairement ? Parce que Dieu ne veut humilier aucune créature et ne veut pas qu’on le méprise en disant « c’est l’arbre à cause duquel le monde a été frappé ! ».
Ainsi, pour Rachi, l’arbre défendu était un figuier ! D’ailleurs, en toute logique, la feuille de figuier est effectivement bien plus large et couvrante qu’une feuille de pommier ou de pêcher !

Connaissez-vous Charles VI ?
Parvis Eglise Saint Jean (Rue Mignard/Place st Jean au Marché)
Rendez-vous sur le parvis de l’église Saint-Jean-au-Marché.
Vous vous trouvez à présent devant l’église Saint-Jean-au-Marché, édifiée aux 13e et 14e siècles sur les fondations d’églises plus anciennes.
Un événement historique majeur s’y est déroulé en 1420 : le mariage du roi d’Angleterre Henri V avec Catherine de France, fille du roi Charles VI et d’Isabelle de Bavière. Ce mariage n’est pas anodin : il fait suite au tristement célèbre « Honteux Traité de Troyes », scellé à la cathédrale le 21 mai 1420. Ce traité stipulait que le royaume de France reviendrait à Henri V à la mort de Charles VI, excluant ainsi le dauphin légitime, le futur Charles VII. Un accord censé mettre fin à la guerre de Cent Ans… mais qui ne fit qu’envenimer les tensions. L’une de ses principales conséquences fut la chevauchée de Jeanne d’Arc qui délivra Troyes des anglo-bourguignons en juillet 1429.
Charles VI (1368-1422) est aussi surnommé « Charles le Bien-Aimé » ou « Charles le Fol », en raison des épisodes de troubles mentaux qui ont marqué son règne.

Mais Charles VI est également responsable d’une des plus grandes expulsions des juifs en Europe. En 1394, en accord avec le pape Clément VII, il ordonne l’expulsion de tous les juifs du royaume de France — une exclusion qui durera près de quatre siècles.
À Troyes, la communauté juive disparaît dès 1382, peu après le sacre de Charles VI en 1380.
Cette mesure n’est pas une première : déjà sous le roi Philippe le Bel, un édit d’expulsion avait été promulgué en 1306 en accord avec le pape Clément V, lors de l’intégration du comté de Champagne au royaume de France puis en 1322.
Un épisode tragique avait marqué la ville plus tôt, en 1288 : treize juifs furent brûlés vifs à Troyes, accusés à tort de crime rituel. Leur mémoire est restée vivante grâce à un poème en vieux français, transcrit en caractères hébreux et découvert dans les collections du Vatican. Ce texte raconte la complainte poignante de ces victimes.
Splendeur de vitrail
Cité du vitrail – (Quai des comtes de Champagne)
Rendez-vous à la Cité du Vitrail.
Saviez-vous que Troyes est la capitale du vitrail ? Le département de l’Aube rassemble plus de 7 000 m² de verrières, offrant une collection exceptionnelle à découvrir ici même et dans nos nombreuses églises.
À Troyes, les vitraux ne se limitent pas aux églises. Si vous y prêtez attention, vous les verrez aussi sur certaines fenêtres de maisons. Alors, n’hésitez pas à lever le nez !
Du 12e au 21e siècle, de nombreux artistes peintres-verriers ont illuminé la région, parmi eux : Linard Gonthier à la Renaissance, Louis Germain Vincent-Larcher au 19e siècle, et aujourd’hui, Flavie Vincent-Petit, qui perpétue cette tradition.
Pour plonger au cœur de cet univers, ne manquez pas la Cité du Vitrail, un lieu unique à découvrir absolument.
À la fin de sa vie, Rachi est contemporain de l’émergence de cette école locale de vitraux, qui illuminera Troyes pendant des siècles. Dans ses commentaires, il décrit avec précision comment les artisans travaillent le verre.
Traduction : « Quand il fabrique le verre, l’artisan possède un long tuyau par lequel on entend le souffle de sa bouche !
Rachi est un homme profondément pragmatique. À travers ses commentaires, il offre une multitude de détails sur la vie quotidienne, faisant de ses écrits une véritable mine d’informations. Grâce à lui, nous pouvons mieux comprendre et imaginer la vie à Troyes au Moyen Âge, entre traditions, artisanat et croyances.
Crédits :
- Texte : Delphine Yagüe – Support rédactionnel : Clara Brancaleoni – Expertise scientifique : Arnaud Baudin, Judith Kogel, Claire Soussen, Luis Yagüe – Support technique : Sandrine Maerten, Pauliana Hanquez -Voix : Clara Brancaleoni, Luis Yagüe
- Sources :
- Lectures Bible : à partir de La Tora avec commentaire de Rachi et notes explicatives, en 5 volumes sous la direction du rabbin Elie Munk, 2002
- Lecture du Talmud : sefaria.org
- Complainte de Troyes : Arsène Darmesteter, L’autodafé de Troyes (24 avril 1288), REJ II, 1881, p.213-219 traduit en français moderne par Simon Schwarfuchs, dans Les Juifs de France, Albin Michel, Présence du judaïsme, 1975, p.87-88
- Remerciements à Caroline Rosnet pour ses idées

