Soirée de février. L’obscurité et le calme envahissent délicatement la campagne. Alentour, une mésange charbonnière agrippée aux jeunes chatons d’un noisetier, se manifeste d’une voix argentine sous les prémices du scintillement céleste.
Plus tardivement, un quidam sera confronté à l’apparition d’un voisin solitaire, dérangé fortuitement dans sa léthargie, un enfant de la lune dont l’existence passerait inaperçue : le Hérisson, alias « Érisson», en champenois parlé jadis dans le département de l’Aube.
Une star élevée en Suisse, au rang d’Animal de l’année 2026.

Au mépris des milliers de pointes d’une herse dorsale, sa personnalité massive force la sympathie et fascine l’entourage.
Similaire à l’homme, dit plantigrade, le hérisson, « Niglo » chez les Gens du voyage, évolue sur la plante de 4 longues pattes aux 5 doigts griffus, les membres avant ressemblant à des mains.

L’expression courante : « Arrête de te mettre en boule ! », est loin de lui être adaptée, spontanément recroquevillé à la moindre menace, invincible derrière sa posture hérissée, voire illusoirement invisible, comme tout marmouset au visage dérobé dans les paumes des mains.
Légende dessin ci-contre : le hérisson vu de dessous ( dessin à la plume de Pierre Déom – La Hulotte)
Malgré des années de protection juridique, cette modeste créature appréhende ses jours de félicité, consciente de l’hécatombe annuelle des camarades écrasés sur les routes de France, un chiffre avoisinant les 2 millions de cadavres ( Société Française pour l’étude et la protection des mammifères ).
Avec des zones plus accidentogènes, comme le tronçon d’autoroute A 5 traversant la forêt d’orient à l’est de Troyes ( E. Cuenot, 1998 ). Le tout associé aux dangereux robots tondeuses fonctionnant de nuit, redoutables débroussailleuses, poisons anti-limaces et pesticides.
En état d’hypothermie, ce mammifère gîte l’hiver à l’abri de feuilles sèches, branchages et bois empilé, sa température chutant alors de 36 à 5 degrés, sa fréquence cardiaque de 220 à 15 pulsations, son souffle avoisinant 7 respirations minute : un exploit.
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Les villes sont désormais des lieux de chasse exploités par le hérisson ©Olivier Born ![]()
Légende photo ci-contre : un jeune âgé de 4 semaines essaye de franchir un trottoir ©Monique Morin
En état d’hypothermie, ce mammifère gîte l’hiver à l’abri de feuilles sèches, branchages et bois empilé, sa température chutant alors de 36 à 5 degrés, sa fréquence cardiaque de 220 à 15 pulsations, son souffle avoisinant 7 respirations minute : un exploit.
Sitôt son réveil printanier, amaigri de 30 %, l’affamé quadrillera allègrement le territoire, au rythme hebdomadaire de 21 heures en travail nocturne.
Résistant à son extinction annoncée ( UICN – 2025 ) et à la destruction de son habitat, le vaillant noctambule reniflant le sol des talus, berges chemins, abords de haies, jardins ouverts, y chassera à l’ouïe, les mollusques, petits animaux, lombrics, sensible aux effluves d’herbe et de terre consécutives à une pluie : le pétrichor.
Des vibrisses, les poils sensoriels implantés sur sa face, l’aident à s’orienter et à se protéger les yeux, à l’instar des chiens et chats.
Dès d’avril, éperdument amoureux, l’être en quête risquera son élan de vie, notamment sur l’asphalte. Postérieurement aux diableries d’une parade de nuit, nommée le carrousel, les exubérants tourtereaux se rejoindront, épines abaissées chez Madame, Monsieur préférant prendre « la poudre d’escampette », toutes affaires conclues.
Après un mois de gestation, cinq petits nés de père absent, momentanément exempts d’aiguilles, occuperont un nid douillet.
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Jeune hérisson, âgé de quelques semaines, accompagné de sa mère. ©Daniel Heuclin ![]()
Dérangée , une hérissonne transporte son enfant dans un lieu plus tranquille – admirons ses longues pattes ©Ronald Stiefelhagen

Ces enfants allaités aux mamelles de maman hérissonne, seront choyés jusqu’à leur maturité : une louable et honorable tâche de mère.
L’été, ils apprécieront la présence d’eau rafraîchissante, préférable au lait diarrhéique.
Pour l’anecdote, le hérisson Constant confiera que les élégantes du XVII ème, cédant à la mode, dite « coiffure de hérisson », se garnissaient la tête de plumes rousses relevées en touffe, « un vrai succès d’époque, nullement éloigné des excès de la nôtre », ajoutera-t-il railleur !
Remerciement à l’association Pronatura, ainsi qu’aux différents photographes, et aussi à la revue La Hulotte pour les dessins de Pierre Dehé.
Avec l’autorisation de l’Est Eclair / Libération Champagne



