Au cœur de l’été, l’alerte grande sauterelle verte.

Après un vernal épisode de confinement, le plein été du mois d’août est revenu pour observer la nature et y retrouver la grande sauterelle verte.

C’est Jean Henri Fabre, éminent Naturaliste Aveyronnais qui le premier s’intéressa à elle, en la capturant pour l’étudier et consigner ses remarques dans ses célèbres Souvenirs Entomologiques.

Remarquable par sa taille de 5 cm et ses antennes filiformes de 8 cm, cet animal local, symbole de réincarnation et de gaieté, passe inaperçu sous le soleil, avec son vert vif lumineux.

L’origine de son nom latin « tettigonia viridissila » (L.) signifie « petite cigale verte », ce qui vaudra au Fabuliste Jean de la Fontaine de se fourvoyer en la confondant avec la cigale dans son illustre fable « la cigale et la fourmi », une erreur manifeste qui remonte au grec Esope, autre Auteur de fables du VIème siècle dont il s’est inspiré.

Pour attirer les femelles, le mâle stridule en émettant des ultra-sons produits avec ses deux élytres comparables au grillon champêtre appartenant au même ordre des orthoptères.

Le son de ces incessantes vibrations émises dans un environnement vert de camouflage (arbres, buissons, grandes herbes,…) peut porter à une distance de 200 mètres.

Autrefois, les enfants courraient après les sauterelles qui s’envolaient au moment de la moisson lors du passage des faucheuses. Ils les attrapaient dans les blés, les enfermaient dans des cages pour les voir chanter frénétiquement et parfois en savouraient les cuissots à goût d’écrevisse.

Auxiliaire méconnue des jardiniers, notre sauterelle volante et sautante, à l’activité nocturne et diurne, est essentiellement carnivore (doryphores, chenilles, pucerons, criquets), parfois même cannibale, mais pour l’avoir élevée, aussi frugivores (mûres, poires, framboises).

Dans le Midi, appelée le « bourreau des cigales », elle est la prédatrice de l’espèce, qu’elle éventre par surprise au moment du repos dans les arbres.

Les pattes, sous l’articulation des genoux, cachent des tympans miniaturisés très sensibles qui aident à percevoir les sons de deux octaves plus hauts que l’ouïe humaine.

Une constitution morphologique qui lui offre la possibilité de localiser ses congénères ainsi que son redoutable ennemi la chauve-souris.

Un long accouplement par procuration permet à la femelle de recueillir et de dévorer les spermatozoïdes du mâle déposés près de son orifice vaginal.

Cette caractéristique particulière chez les locustiens déclenchera à l’automne la ponte dans le sol à une profondeur de 3 cm, d’une centaine d’œufs, au moyen d’un oviscapte.

Ils y passeront l’hiver et écloront au printemps. Les juvéniles effectueront sept mues pour devenir adulte : la métamorphose aura ainsi duré 9 mois.

Mais la culture intensive, le fauchage systématique des hautes herbes décidues, l’emploi d’insecticides et d’herbicides font disparaître progressivement cet être radieux qui n’a plus d’habitat et de terre saine pour se développer.

Néanmoins s’il vous arrivait de fréquenter une friche en fin après midi, vous aurez peut-être la chance d’y croiser une grande sauterelle verte chassant les criquets et vous vous en souviendrez longtemps.

Avec l’autorisation de l’Est Eclair / Libération Champagne

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Photo d’entête La grande sauterelle verte © Yves Meurville