Symbole de renaissance et persévérance, cette anémone tapisse, le printemps revenu, les sous-bois de notre région. Découverte.

La richesse de la nature est partout : inutile de sillonner le monde pour trouver un trésor, il suffit d’ouvrir l’œil.

En ce temps de confinement, face à un virus qui nous défie, la nature offre, malgré tout, un printemps très silencieux qui refleurit le sol et les arbres de notre région.

Nulle complication pour « aimer la nature », une occasion suffit : un rouge gorge, un vulcain (papillon), une couvée en nichoir, un ciel avec Vénus à l’ouest…

Dans les sous-bois, la vie reprend également.

Ainsi, de nombreuses pousses de plantes « vivaces » (qui reviennent tous les ans grâce à d’inépuisables réserves) apparaissent dans l’humus.

La sylvie s’y trouve, c’est une anémone sociale et rustique, mais néanmoins très délicate possédant le luxe d’avoir deux prénoms féminins : anémone-sylvie ou anemone nemorosa L.

Elle émaille ses fleurs blanc nacré en tapis neigeux comme une symphonie inachevée, dans les sous-bois champenois encore clairs, en compagnie de la véronique de Perse, bleu saphir, rappel de la couleur du sel fossile iranien, de la ficaire jaune, de la violette odorante, de la primevère appelée « coucou » en clin d’œil à l’oiseau migrateur.

C’est une des premières fleurs à fleurir après l’hiver, qui profite de la pleine lumière, recharge ainsi d’énergie ses feuilles par la photosynthèse pour favoriser son essor souterrain.

Les tapis de sylvie en sous-bois sont attirants pour le regard. Mais inutile de la cueillir, la plante ne tient pas en vase !

Mythologie : La déesse des fleurs, Flore était mariée à Zéphyr, le dieu du vent. Mais celui-ci tomba amoureux d’Anémone, jeune fille qui était au service de Flore. Par jalousie, elle transforma Anémone en fleur pour en être débarrassée. Photo des sous-bois © Yves Meurville

Un partenariat de l’animal et du végétal

Sa fleur délicate en étoile à six branches s’ouvre au soleil et suit sa course (phénomène de nastie), réfléchit les ultraviolets de l’astre, se fait ainsi remarquer des insectes pollinisateurs qui se nourrissent de son pollen et lui offrent en retour la fécondation.

Ses fruits sont des akènes abritant de fines graines huileuses transportées par de friandes fourmis, un partenariat à vie de l’animal et du végétal.

Le vent les essaime en compagnie de ses frêles pétales qui se détachent au moindre souffle d’air, d’où son nom de « fille de vent » en grec ancien, chantée par Pierre Groscolas.

A la nuit et par jour de pluie, la sylvie courbe son pédoncule et referme sa corolle pour protéger ses organes reproducteurs.

Cette résistante plante rhizomique préfère la demi-ombre, se développe lentement et forme un tapis progressif de fleurs sauvages qui se voit de loin, croît même parfois sous les taillis en bordure de route : elle symbolise la renaissance et la persévérance.

© Yves Meurville

Durant la première guerre mondiale, les soldats très fatigués de porter leur casque toute la journée, se frottaient les tempes avec l’anémone sylvie, ce qui leur irritait la peau et provoquait des cloques empêchant ainsi leur tête d’être couverte.

Présente aussi en Asie, au delà du fleuve Amour et jusqu’au Kamtchatka (péninsule volcanique située à l’Extrême-Orient russe), la sylvie est utilisée par les habitants de ces régions qui en extirpent son suc et les toxines pour empoisonner leurs flèches.

Après le déconfinement, lorsque nous croiserons « sylvie », arrêtons-nous à son niveau pour la saluer, car désormais nous saurons la reconnaître avec plus de facilité à chaque printemps.

Avec l’autorisation de l’Est Eclair / Libération Champagne

Photo d’entête et de mise en page :  « Anémone Sylvie » © Yves Meurville