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Les nocturnes d’un énamouré « fou chantant »

Au souvenir de la traditionnelle chanson « À la claire fontaine », des souvenirs scolaires affluent, avec dans le texte, le Rossignol « philomèle », en grec « ami du chant », qui vit gaiement près de l’eau, et auquel nous rendons hommage aujourd’hui.

Ce migrateur discret, en villégiature chez nous, égaye la nature de symphonies, près des tapis d’anémones Sylvie et de Véronique de Perse.

Aquarelle de John Gould

Avec ses crescendos flûtés, ses roulades, tempos, silences profonds, il est devenu la star de la musique et de la littérature, le troubadour des espaces boisés, des ambiances nocturnes de bandes – sons cinématographiques.

Au XIX ème s., le rossignol était le sobriquet d’un livre invendu, un objet démodé, une étoffe passée de vogue, un individu qui chantait comme une crécelle.

Mais il est aussi l’outil crocheteur, l’auxiliaire des serruriers et des cambrioleurs.

Cette invention reviendrait à son homonyme Antoine Rossignol ( 1638 – 1715 ) , cryptologue et ouvreur des appartements de Louis XIV, la volière étant l’anneau regroupant 18 clefs passe – partout.

Émérite passereau de 21 g , brossé de reflets brun – roux et gris, aux grands yeux sombres d’oiseaux nocturnes, cerclés blanc-crème, il nous agréé six années d’une visite honorifique du printemps à l’automne.

Après avoir effectué la traversée du Sahara et de la mer Méditerranée et visité les Jardins de l’Alhambra ( Espagne ), il arrive, précédant les femelles, sur ses sites familiers, parcs urbains, zones humides, recherchant l’ombre constamment.

Dès l’accalmie de l’aréopage ailé, ses strophes nerveuses et nuancées éclatent, le temps de fonder une famille.

L’interprète masculin posté à deux mètres du sol, gosier ouvert, gorge gonflée, ailes tombantes, vibre de tout son saoul, donnant parfois 6 h de concert continu, d’une voix frénétique à la portée de 800 m.

S’affirmant face aux compatriotes, il acte sa présence à la future prétendante rossignol de retour.

Sans aucune mesure avec l’infantile babillage de falots volatiles, la profondeur de son lyrisme compense, sous les feuillus, la sobriété de l’invisible costume d’apparat.

Dans un micro – habitat, la litière des sous-bois, le sustente : araignées, œufs de fourmis, vers, invertébrés, baies.

Une coupe bordée de feuilles mortes, tissée de fines herbes et de crin, confectionnée avec constance par la prétendante, sera le nid, un chef- d’œuvre camouflé et déposé sur de basses branches, parfois dans un roncier.

Six œufs vert olive apparaîtront alors, chaudement couvés 3 600 heures environ.

Le Compagnon fera le guet et chassera tout intrus importunant sa Dulcinée.

Quinze jours après leur éclosion, les Rossignolets quitteront le logis.

Le père, Professeur de chant, leur enseignera l’art de l’aria.

Ses fils l’écouteront, répéteront le savoir et apporteront, à l’adolescence, quelques
touches fascinantes et stylées, pour compléter la qualité et l’originalité de leur partition.

La loi protège l’espèce depuis 1982, rebutant entre autre, toute convoitise dans le
commerce des plus virtuoses chanteurs.

Mais son avenir est incertain, face à l’appauvrissement de l’environnement et l’incessante
élimination des buissons et des haies.

Ne recherchez pas ce farouche « fou chantant », qualificatif de l’Artiste Charles Trenet, il s’approchera naturellement par son chant incantatoire, réveillant votre cœur transi, ne
serait-ce qu’une nuit de mai, en sortant avec votre chien sous le firmament étoilé.

Sites Web
Radio France : chanter avec les rossignols
Studioles3becs : le rossignol

Avec l’autorisation de l’Est Eclair / Libération Champagne

Photos : Entête et Mise en avant © Fabrice Croset