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Paradoxalement, et dès les premiers frimas, la nature se dénude, escomptant l’opportunité vestimentaire d’un prochain printemps aux sublimes effets.

Cet hivernal dépouillement livre au promeneur des champs, l’anatomie d’arbres à buissons touffus, savamment incrustés de perles nacrées.

À priori, ne s’agirait-il pas de quelconques nids de corvidés ou d’agrestes anomalies ?

En réalité, nous sommes devant du gui des feuillus, le gui blanc, du latin « viscum album L. » un arbuste insolite exempt de tronc, pourvu de rameaux cassants, aux feuilles sessiles, et persistantes de deux automnes.

Jadis, en période de disette, sa providentielle frondaison alimentait les ruminants, favorisant conséquemment leur lactation.

L’aérienne semence de gui germe inopinément à la lumière, déposée sur l’écorce d’essences vulnérables, par le biais d’excréments poisseux d’une grive draine et grâce à l’entremise d’une fauvette à tête noire, décortiqueuse de baies.

Ces oiseaux frugivores, gourmands des chairs gluantes de la viscine, y croisent, affairée, l’acrobatique mésange bleue, une imperturbable destructrice des graines de l’achalant.

L’importun se développe lentement, préférant la peau des pommiers et celle des peupliers de culture, baptisés Fritzy, le prénom de l’épouse du Dr Scott Pauley, leur père généticien végétal américain.

Dès l’occupation du lieu, le convive s’y insère au moyen d’un suçoir, puisant l’eau et les sels minéraux de son hôte, comme il le ferait sur un sol. En revanche, il effectue lui-même sa synthèse chlorophyllienne, d’où son nom masculin d’hémiparasite.

Que vienne le temps du renouveau, et l’intrus s’épanouira en ornements jaunâtres, oeuvrant à sa pollinisation, avec la retenue d’insectes grisés de son parfum. Guidés par l’instinct , ils récolteront à leur insu sur le corps, l’élément mâle des étamines, le pollen, transportant cette poudre à l’ovaire du pistil des fleurs femelles.

La fécondation effectuée engendrera dans l’ovule, le temps d’une conception de neuf mois, la formation en décembre de la descendance : le fruit à noyaux.

Avérée au 18 ème s. médicalement vertueuse, du fait de soigner l’épilepsie et l’infertilité, la plante acquerra postérieurement des qualités de remède hypotenseur. Vers 1917, en Allemagne, des travaux de recherche lui attribueront en outre des propriétés anticancéreuses.

Dans un tout autre domaine, compte-tenu des particularités de sa pulpe visqueuse, son utilisation pourrait s’envisager en dermatologie et dans le secteur biomédical (Travaux de l’Université McGill de Montréal ).

En période hivernale, la nature se dénude et les peupliers livrent aux regards leurs buissons de gui blanc 

Chez nos ancêtres, le culte du gui se déroulait au solstice d’hiver, le 21 décembre, un moment notable où la durée du jour croît progressivement jusqu’au 21 juin.

Secondé d’une serpe d’or, un prêtre coupait l’arbrisseau d’un rarissime chêne porte-gui. Il le recueillait religieusement dans un linge blanc, évitant tout contact qui aurait pu le corrompre. Associé à un ornement naturel, au nom populaire de casse-malheur, l’être est fêté traditionnellement à l’aube d’une année, se suspendant au seuil d’une maison.

Inaugurant le passage du temps, la recommandation est de s’embrasser sous ses translucides attributs.

Tradition du baiser sous le gui © Peinture de K.D. Witkowski

Cette bienveillante attitude, engendrerait une éclaircie dans tout conflit larvé. Alors, du fond du coeur, sollicitons au pied de sa houppe providentielle, maints cruciaux bénéfices, notamment la prospérité et la longévité.

Avec l’autorisation de l’Est Eclair / Libération Champagne