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Non moins que toutes plantes sauvages, le bleuet respire par ses racines et ses feuilles. Contrairement à l’organisation de notre souffle, son expiration nous approvisionne en oxygène et son inspiration purifie l’air du dioxyde de carbone.

Évoquons déjà son universelle légende.

Le bleuet nourrit les insectes : ici le syrphe


Une divinité s’éprit autrefois d’un berger, nommé Basile, au beau regard azuré. Saisis de désirs, les amants s’aimèrent passionnément au creux d’un champ de blé. La déesse exaltée par les iris bleus du garçon, et souhaitant sa proximité, le métamorphosa en « basilek », vocable du bleuet en Russie.

Transitant clandestinement depuis le Proche Orient, ce « bien-aimé » s’est répandu dans les champs, d’où sa désignation de messicole, troubadour des céréales.

La chimie l’ayant progressivement anéanti, il s’est alors réfugié sur les talus, les bordures de fossés, les jardins.

Économe en eau, sa culture est facile en petits parterres, mais pour son confort, arrangés que de quelques plants. Sa haute tige élancée et ramifiée, à racine pivotante, l’ancre solidement au sol. Ses capitules mellifères et ébouriffés s’épanouissent en juin à l’extrémité de frêles pédoncules donnant par pied 120 fleurons inodores et un millier de graines.

Le bleuet nous apparaît avec ses ascendants, en vestiges datant de 1327 av. J.-C., dans le tombeau du pharaon Toutankhamon, sa tonalité recouvrant à cette époque, les sarcophages, les peintures murales, et les poteries égyptiennes.

En vertu de la théorie des signatures, liée à l’apparence, l’usage populaire attribue au bleuet, d’hypothétiques propriétés ophtalmologiques et le qualifie du pseudonyme de « casse-lunette ».

Étonnamment, la bourgeoisie et la noblesse du 17 ème affectait sa couleur à la vêture des fillettes, le rose étant réservé aux garçonnets : ce qui a quelque peu évolué depuis.

Au 18 ème siècle, le bleuet s’invita à Versailles. En effet, la Reine Marie-Antoinette séduite par la vie agreste, imposa ses goûts de bleu en imaginant un décor « à la Reine », composé de 295 pièces de vaisselle en porcelaine, dit de « barbeaux », les bleuets, avec des frises soulignées de perles, le tout réalisé par la Manufacture Royale de Sèvres. En complément, la Reine commanda pour le petit Trianon, un précieux mobilier orné de fleurs champêtres, dont ces fameux bleuets.

Fleuron emblématique de notre patrimoine, le coloris du bleuet, secondé des teintes du coquelicot et de la marguerite, enlumine le drapeau Français.

Des enquêtes d’opinion constatent que depuis 1880, le bleu est la couleur préférée d’une personne sur deux, tous sexes confondus.

Plus proche de nous, il est associé aux noms de jeunes recrues de la 1ère guerre mondiale, arrivées au front, portant l’uniforme bleu et appelées les bleuets.

Symbolisant la résistance et les luttes clandestines, cristallisées par l’appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle, le bleuet nous rappelle que, tout comme son frère le coquelicot, il persiste à rester sur les terrains de combats, perpétuant la vie malgré le chaos.

Légende de la photo : Les jeunes recrues des tranchées de la guerre de 1914 , appelées Bleuets

Après les conflits, à l’initiative d’infirmières, le voici apparaitre en tissu, fabriqué dans des ateliers par des soldats mutilés et, porté sur les revers de veste d’anciens combattants. Autorisé à la vente libre, au profit des pupilles de la Nation, des victimes de guerre et du terrorisme, des soldats blessés, il est proposé par l’Œuvre Nationale du Bleuet de France, chaque jour anniversaire de l’Armistice de 1918 et de la Victoire de 1945.

Sa carnation est remarquée sur les drapeaux des Communautés Européennes, les emblèmes et logos de l’ONU, l’OTAN, l’UNESCO et des « Casques Bleus » et elle est également présente sur les tenues d’équipes de sports ( Allez les bleus ! ) et de la gendarmerie, de bleu de travail, et le blue-jean.

Cocasserie de son parcours, il est identifié bleuet au Canada, comme baie comestible se développant dans des champs de « bleuetières ».

Pour saliver, le bleuet s’invite dans la cuisine du célèbre Chef Cuisinier Cyril Lignac, avec sa soupe fruitée, décorée de capitules de bleuets. Le bleuet inspire aussi l’original Pâtissier de l’Aisne et son éclair aux bleuets, en mémoire des Poilus.

La dégustation sera bercée en sourdine par la voix de l’artiste Georges Brassens, interprétant le populaire air du « Bleu des bleuets ».

Avec l’autorisation de l’Est Eclair / Libération Champagne

Photos : Entête et Mise en avant © Yves Meurville