Dans la nature, de nombreuses espèces ont appris à vivre ensemble. Ici, l’exemple de l’équilibre organisé du gendarme et du tilleul qui cohabitent en se rendant service.

Lorsque l’on est plante et insecte, avec le projet de vivre en équilibre raisonnable, on déploie ce dont la nature nous a dotés qui se nomme « dépendance », c’est à dire la nécessité de se rendre mutuellement service pour maintenir chacun sa vie dans des conditions de quantité raisonnable, un accord implicite de donnant-donnant « du durable » si personne ne vient y toucher.

L’exemple du balanin du noisetier, l’hôte favori de la plante plutôt que l’ennemi, était le sujet de la page de février pour comprendre l’organisation de toutes ces vies, toutes associées à la communauté biotique.

Aujourd’hui, dans le même esprit, nous parlerons du gendarme, appelé aussi soldat du fait de sa couleur dominante rouge, insecte rassemblé en grappes avec ses comparses sous les tilleuls souvent situés sur les cours d’écoles pour donner leur ombre et leur agrément dans les parcs et les jardins de notre département aubois.

Gendarmes au pied d’un tilleul se chauffant au soleil © Yves Meurville

Des vertus reconnues dès le XVIIème siècle

Ce feuillu imposant, doté de nombreuses vertus, qui peut vivre mille ans, était respecté comme un arbre sacré chez d’anciennes civilisations germaniques.

Il est le favori des apiculteurs pour sa floraison très odorante attirant les abeilles qui butinent son pollen et le transforment en un miel très recherché et le favori des gendarmes.

Une ordonnance royale du XVIIème siècle recommanda d’ailleurs la plantation des tilleuls au bord des routes afin que la récolte de ses inflorescences aux propriétés calmantes et antispasmodiques soit effectuée pour les besoins des hôpitaux.

Dès les premiers rayons du soleil, nous voyons les gendarmes sortir engourdis de dessous les écorces.

Ils y ont passé l’hiver, cachés, agglutinés pour se protéger, jeûnant.

Dès les premiers rayons de soleil, les gendarmes sortent se chauffer sur l’écorce du tilleul et restent agglutinés.

Ils vivent en société, rassemblés par la production de phéromone, une odeur caractéristique à l’espèce, mais ils n’ont pas d’organisation sociale.

Le pyrrhocoris apterus (Linné 1758), en latin « punaise de feu sans ailes », est un insecte thermophile à sang froid qui n’émet aucune odeur révulsive contrairement aux punaises de sa famille.

Il est de forme ovale, mesure 1 cm, ne vole pas, se déplace agilement, accouplé en tête-bêche, la femelle plus grosse tirant le mâle durant plusieurs heures.

Un insecte totalement inoffensif

Une centaine d’œufs seront pondus dans une fissure de terre creusée par l’insecte. Il en sortira des juvéniles de couleur rose pâle, souvent la proie des oiseaux et des lézards.

Il est polyphage et se nourrit essentiellement de graines de tilleuls charnues, qu’il pique avec son rostre creux et les vide en aspirant leur contenu.

Il est donc inféodé à cet arbre, « passe sa vie près de celui qui lui fournit gîte et couvert » et l’empêche donc ainsi de trop se développer en éliminant une partie de ses semences.

C’est un bel exemple de dépendance de vies animale et végétale, d’équilibre organisé, mais aussi d’extrême fragilité face aux multiples dangers dans la nature.

Accouplement en tête bêche de gendarmes

Totalement inoffensif, il est l’attraction des enfants avec les couleurs éclatantes de ses élytres recouvertes de formes rouges et noires, donnant ainsi l’illusion d’un masque africain, facilement réalisable pour égayer un carnaval.

Gendarmes ou soldats familiers, respectons-les comme des éléments indispensables à l’équilibre de nos écosystèmes.

Avec l’autorisation de l’Est Eclair / Libération Champagne