L’heure de la fête

L’hiver est une saison froide, humide, parfois triste, qui peut parfois paraître très longue. Mais bientôt, petits à petits, les jours rallongent, le soleil se fait plus chaud, quelques fleurs percent même la terre pour présenter leurs plus beaux pétales au monde. Voilà bien des signes qui indiquent le retour prochain du printemps !

Mais un autre élément est aussi annonciateur du retour des beaux jours. Le soleil s’illumine, et réchauffe les esprits qui décident de chasser l’hiver et sa morosité une nouvelle fois : on se déguise, on chante, on danse, on fait des farces, bref : C’est l’heure du carnaval !

Célébré dans le monde entier, de Rio à Venise, cette fête populaire a profondément marqué la vie des villes et des sociétés. Ce phénomène était déjà visible au XVIIIe siècle, et raconté avec légèreté par Jean-Pierre Claris de Florian, un auteur et poète français de cette époque.

A cette occasion, Claris de Florian évoque un des éléments les plus importants du carnaval : les personnages italiens de la Comedia del’Arte. En effet, l’« habit d’Arlequin » permet de s’amuser et de faire des farces sans être reconnu :

« Un jour de mardi gras j’étais à la fenêtre
D’un oiseleur de mes amis,
Quand sur le quai je vis paraître
Un petit arlequin leste, bien fait, bien mis,
Qui, la batte à la main, d’une grâce légère,
Courait après un masque en habit de bergère. »

L’occasion de retrouver quelques amis

Arlequin, Colombine, Pierrot, Polichinelle, autant de personnages qui nous sont familiers et qui sont rattachés à une période de l’année. Facétieux et comiques, ces personnages sont célèbres pour les couleurs lumineuses et bariolées de leurs costumes. Comme un champ de fleurs écloses au printemps, les habits reflètent l’état d’esprit joyeux de ces personnages.

Ces personnages italiens ont aussi fortement influencé l’un des plus beaux carnavals du monde, celui de Venise. Célébré pour la beauté des costumes des participants, robes somptueuses, costumes colorés, loups finement décorés, chacun revêt ses plus beaux atours pour célébrer ce moment de l’année.

Variations sur le carnaval

Venise pour le bal s’habille.
De paillettes tout étoilé,
Scintille, fourmille et babille
Le carnaval bariolé.

Cette évocation d’Arlequin et de personnages qui s’amusent sont aussi l’occasion d‘un clin d’œil à deux tableaux du Musée des Beaux-Arts Saint-Loup qui me sont particulièrement chers.

Antoine Watteau est célèbre pour avoir popularisé le genre de la « fête galante », moment d’allégresse, de musique et de rires. « L’aventurière » et « L’enchanteur » forment un pendant de deux petits tableaux peints sur des plaques de cuivre, et l’on peut apercevoir dans le décor Arlequin profitant des distractions ! Un détail à observer dès la réouverture des musées !

Des moments de fête et de joie

Mais si le carnaval est l’occasion de la fête, c’est aussi la période de la fête foraine, qui ravie petits et grands enfants ! Partout pêche aux canards, bonbons, attractions, rires ! Pendant quelques jours, chaque année, la fête foraine est un endroit où l’on peut se retrouver pour célébrer les bons moments entre amis.

Au début du XXe siècle, Guillaume Apollinaire célébrait cet événement, racontant en quelques vers une scène courante, des forains traversant les paysages, rencontrant tout le monde pour distribuer joies et animations.

Dans la plaine les baladins
S’éloignent au long des jardins
Devant l’huis des auberges grises
Par les villages sans églises.

Et les enfants s’en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe.

Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours, des cerceaux dorés
L’ours et le singe, animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage.

Apollinaire parle ainsi du rêve et de l’insouciance des enfants, qui s’amusent librement, et se saisissent de chaque occasion pour s’évader du quotidien.

Apollinaire évoque également un ailleurs, des personnages toujours sur la route, dont le passage est éphémère. Les personnages du carnaval sont là pour apporter un peu de joie, et rappeler que la route est toujours ouverte, pour partir à l’aventure, car le printemps arrive avec ses moments de joie.

Ce sont des personnages porteurs d’espoir, pour ne pas oublier qu’à l’horizon se profilent toujours des jours meilleurs !

Poèmes cités :

  • « L’habit d’Arlequin », Jean-Pierre Claris de Florian
  • « Variations sur le carnaval », Théophile Gautier
  • « Les balladins », Guillaume Apollinaire

Image d’entête et de mise en page : « Woman » de Madeinitaly